Cher Willy, 

J’ai reçu ton message il y a plusieurs jours. Tu me demandes de faire un résumé de la situation politique brésilienne pendant les élections de 2018.                                                                                   

Gouvernement Lula da Silva

En premier lieu, il faut comprendre le caractère politique des gouvernements du PT – Parti des Travailleurs. Luiz Inácio Lula da Silva gouverna le Brésil pendant 2003 et 2010. Dilma Roussef a occupé la présidence de la République entre 2011 et 2016. Les deux ont été réelus. Dilma Roussef n’a pas terminé son second mandat. Elle a été destituée par un coup d’état sous le couvert de l’impeachment en 2016. 

La plateforme politique du PT, depuis sa fondation, proposait pour le Brésil une réforme politique radicale sans remettre en question le régime capitaliste. En 2002, à la veille de l’élection qui eut lieu en octobre de cette même année, Lula et le PT ont signé un accord avec les élites brésilienne et internationale pour maintenir les accords signés par le gouvernement précédent de Fernando Henrique Cardoso. Il a promis que la politique économique de l’ancien président continuerait dans ses grandes lignes. Pour maintenir sa parole, Lula et le PT se sont mis d’accord pour indiquer à la présidnece de la Banque Centrale, Henrique Meireles, vice-président de la Banque de Boston. Il occupa le siège pendant les deux mandats de Lula, c’est-à-dire, huit ans. 

Avec la prise de fonction en janvier 2003, Lula commence un mandat avec une forte pression salariale, résultat d’une politique économique héritée du président précédent qui se basait sur les trois points ci-dessous : excedent primaire (obtenir des ressources pour payer la dette publique) ; des taux d’intérêts élevés (maintenir le controle de l’inflation et attirer des capitaux étrangers) ; et le change fluctuant (possibilité de faire fluctuer le change en fonction des intérêts capitalistes internationaux).

Au cours des premières années au gouvernement, il a été aidé par le prix élevé des commodités sur le marché international. Le Brésil était (et est) grand exportateur de produits primaires comme le soja, le maïs, les minerais, etc. Le plus grand acheteur de ces commodités fut la Chine, ce qui a permis au Brésil d’avoir un excédent annuel dans sa balance avec l’étranger. 

Cette facilité au niveau des ressources permit au gouvernement de mettre en place sa politique sociale, objet de la campagne électorale. Il augmenta les ressources pour la programme Bourse Famille qui offrait à chaque famille pauvre une petite quantité d’argent. Il augmenta le salaire minimum au-dessus de l’inflation annuelle (salaire minimum actuel est de R$ 954,00, ce qui équivaut à 226 Euros, en date du 03/11/2018). La valorisation du salaire minimum au cours des mandats du PT augmenta autour de 70% au-dessus de l’inflation, ce qui fut un gain important pur les travailleurs, bénéficiant ceux qui avaient un faible pouvoir acquisitif. 

Il a augmenté les campus des universités publiques fédérales, mais en même temps il a crée le programme PRoUNI, politique d’aide pour les institutions supérieures de l’enseignement privé au-travers du FIES (Fond de Financement pour les Étudiants). Cette politique a bénéficié de grands groupes économiques privés de l’éducation qui reçoivent actuellement, via des bourses, les apports du capital étranger. 

Le boom des exportations de commodités vers la Chine, l’augmentation du salaire minimum, le programme Bolsa Família [Bourse Famille] et d’autres programmes à caractère social ont créé les conditions pour que le gouvenement Lula compte moins sur l’exportation des commodities, mais compte davantage avec la dynamique du marché interne. La population plus pauvre a vu augmenter ses conditions économique et sociale, la bourgeoisie continua de recevoir des ressources significatives en raison de la croissance économique du marché interne. Les banques, secteur économique dominant , continuèrent d’avoir des hauts bénéfices chaque année. 

Au cours des élections de 2002, le gouvernement Lula reçut la plupart des voix des classes moyennes, celles de l’élite et des secteurs des travailleurs organisés sous la forme de syndicats, associations d’habitants, etc. Les plus pauvres ont voté enmajorité dans des candidats conservateurs , tradition maintenue jusqu’alors dans les élections. 

Au cours des élections de 2006 (début du mandat en janvier 2007), Lula fut élu avec les votes d’une partie de la classe moyenne, des secteurs de travailleurs organisés et, à une petite échelle, des élites. Mais qui définit la victoire du candidat du PT furent les votes des populations les plus pauvres. La raison en est la dinamisation du marché interne, l’augmentation du salaire minimum et la mise en place d’une série de programmes sociaux. 

Au cours de cette période, de hauts dirigeants du PT furent accusés de corruption, et furent emprisonnés pendant une longue période. Il faut se souvenir que pendant des années le PT fut considéré le seul parti éthique lors des disputes électorales. Ce fut l’une des raisons pour lesquelles d’importants secteurs de la classe moyenne ne votèrent plus ni en Lula ni au PT. L’opinion publique chaque fois davantage considera que le parti avait été contaminé par les prisons et les condamnations. Cette série de corruption fut évoquée à chacune des élections qui ont suivi, et qui ont culminé avec la déposition de Dilma et la prison de Lula. Ils ne comptaient plus avec les votes des classes moyennes dans la même proportion qu’en 2002. 

La politique externe de Lula fut l’un des points forts de sa gestion au cours des huit années. Tout en maintenant la proximité avec les États-Unis, il changea la politique extérieure du Brésil de l’axe Sud-Nord vers l’axe Sud-Sud,  l’orientant vers l’Amérique Latine, l’Afrique, et principalment l’Asie. Avec la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, il constitua le BRICS. Ce fut la tentative de diversifier le commerce brésilien en fuyant l’exclusivisme du commerce du Nord 

Mais il faut noter qu’à aucun moment il n’entra en collision avec les pays du Nord. Il a toujours réalisé des affaires avec ces pays. Avec la France, il négocia le transfert de technologie dans le secteur militaire avec la constitution du premier navire militaire propulsé à l’énergie nucléaire. Avec l’entreprise suédoise Grippen, il négocia un transfert de technologie pour la construction d’avions de combat qui seraient fabriqués au Brésil. Cet accord a été conclu seulement au cours du gouvernement Dilma Roussef. 

La crise capitaliste de 2008, commencée aux États-Unis, atteignit le Brésil faisant en sorte que le gouvernement Lula adoptât une politique anticyclique. Il augmenta la présence de l’État dans l’économie pour diminuer le processsus de désacélération économique. Pour cela, il mit en place de nouveaux travaux d’infrastructure avec l’objectif d’éviter le désemploi en masse. La crise atteignit les affaires avec l’étranger. La Chine diminua ses importations. Les prix des commodities ont chuté. Des pays achèterent moins du Brésil. 

Gouvernement Dilma Roussef

Avec la fin du second mandat ont eu lieu les élections présidentielles en octobre 2010, ayant comme vice-président Michel Temer, du PMDB. Dilma Roussef, indiquée par le président Lula,  vainquit les élections. Malgré le fait d’avoir participé comme Secrétaire des Finances du gouvernement du Rio Grande do Sul, et, plus tard sous le gouvernement Lula, comme ministre en charge des Mines et de l’Énergie, ainsi qu’à la fin du gouvernement comme Chef de la Maison Civile, probablement le plus important poste politique du gouvernement Lula, Dilma Roussef n’avait jamais participé d’une élection et était connue comme une personne dure et intransigeante dans les négociations. Jusqu’à cemoment-là, elle avait occupé d’importants postes techniques, ce qui ne l’obligeait pas à affronter des négociations politiques difficiles avec l’opposition. 

Son gouvernement commença à désaccéler l’économie en raison de la crise mondiale. La présidente récemment élue commença son premier mandat en janvier 2011. Elle changea de modèle économique. Le gouvernement Lula se basait sur le marché interne. Sous le gouvernement Dilma, l’objectif visait les exportations tout en privilégiant le marché externe. Pour obtenir cela, elle négocia un accord avec les entrepreneurs nationaux et avec les centrales syndicales. Elle commença avec la politique des coupes dans le Budget (pression fiscale), y compris dans les investissements publics essentiels pour maintenir une plus grande dynamique de l’économie. Elle congela les prix administrés. Dérivés du pétrole, les tarifs de l’énergie électrique ne furent pas augmentés. Des exonérations tributaires et des indemnités, en plus d’autres mesures, ont privé l’État de ressources, furent utilisés pour créer les conditions pour faire avancer l’industrie. 

La politique économique de Dilma d’aide à l’industrie fut un désastre. Sa dynamique était essentielle pour faire avancer l’exportation de produits industriels. La croissance économique n’a pas eu lieu. La désaccéleration économique a continué. Une partie de l’argent reçu des entrepreneurs en raison des aides, concessions, exonérations et indemnités furent utilisés pour acheter des titres du Trésor National, ce qui produisait des retours certains en raison de l’existence de taux élevés payés par le gouvernement. En raison de la crise économique, il n’y avait pas de ressources publiques pour investir dans des travaux importants. 

Dilma Roussef misa sur l’entreprise privée. Elle crut que les entrepreneurs investiraient dans l’industrie pour faire accroître la croissance du pays. Cela n’arrive pas. Elle oublia que l’initiative privée est induite dans un pays comme le nôtre. Elle dépend du fait que les investissements publics dynamisent l’économie. « De fait, la plus grande partie des exonérations fiscales servirent de politique de transfert de rente pour les plus riches, et cela contribua à détériorer gravement les comptes publics », comme affirma l’économiste Laura Carvalho (São Paulo, Todavia, 2018, p. 74.)

L’itinéaire législatif de l’impeachment

Le 02 décembre 2015, Eduardo Cunha, président de la Chambre des Députés, commença le procès de jugement de Dilma Roussef. Accusé de corruption, il fut jugé et condamné à la prison, où il est jusqu’au jour d’aujourd’hui. Après avoir été discuté et approuvé par la Chambre des Députés, le procès arrive au Sénat le 18 mai 2016, moment où la Présidente est écartée de son poste et moment où le Vice-Président assume la Présidnece. Le 31 août 2016, le Sénat ratifie l’impeachment de la Présidente, et le Vice-Président, Michel Temer, assume la Présidence de la République. 

La force de ceux qui organisèrent le coup d’État

Il y a plus d’une année que le Vice-Président tramait la destitution de la Présidente, même lorsque celle-ci exerçait ses fonctions. Il compta sur trois forces opérationnelles ainsi que surla riche élite du pays qui finança ce processus. Les médias conservateurs eurent un rôle fondamental pour déstabiliser le gouvernement Dilma Roussef, Lula et le PT. L’objectif était de manipuler la population dans un triple sens : créer les conditions pour destituer Dilma de la Présidence, déconstruire l’aura du PT comme parti éthique et accuser Lula d’être le plus grand corrompu du Brésil. À partir de 2013, année des grandes manifestations populaires, mais principalement après le Coup d’État d’août 2016, les médias conservateurs s’inscrustèrent dans la tête de millions de personnes des classes moyennes et de la population pauvre, une partie de ceux-ci étant des électeurs du PT. L’antipetisme et l’accusation de corruption de Lula du PT, ainsi que des autres personnages de la direction devinrent le leitmotiv principal de la campagne conservatrice. Ils comptèrent avec l’énorme pouvoir de la télé Globo, groupe privé à caractére laïque, leader d’audience au Brésil, ainsi qu’avec d’autres networks commerciaux comme la TV Record qui appartient au plus important groupe évangélique – l’Église Universelle du Royaume de Dieu – commandée par l’évêque Edir Macedo, l’un des personnages les plus riches du pays qui vit aux États-Unis. Il faut inclure également à cela les radios et les journaux de tout le Brésil, surtout des groupes installés dans les villes de moyenne portée au Brésil. 

L’appareil juridico-policier de l’État eut aussi un rôle fondamental dans la déstabilisation du gouvernement Dima Roussef, dans la construction de l’antipetisme, et dans la déconstruction de Lula et du PT. Il y eut une association entre le Ministère Public et les instances judiciaires avec les médias, surtout la TV Globo et la TV Record, pour diffuser des accusations contre des personnages politiques, surtout à l’encontre du PT, avant même la fin des investigations et d’avoir la condamnation finale basée sur le procès. Certains juges rendirent public le nom de politiques par les médias conservateurs avant que ceux-ci n’aient été condamnés. L’objectif était de gagner l’opinion publique pour rendre viable l’antipetisme et confirmer le PT comme les champions de la corruption. 

Le bouc émissaire fut Lula et le PT. Une grande partie de sa direction fut atteinte. D’importants personnages d’autres partis, également accusés de corruption, sont en liberté jusqu’aujourd’hui. Les décisions du Judiciaire, en incluant le Suprême Tribunal Fédéral – STF, furent conniventes avec cela, et unilatérales. L’objectif étant d’éloigner le centre-gauche et la gauche du pouvoir. 

En dernier, et non moins important, fut le rôle joué par le Congrès brésilien, constitué par la Chambre des Députés composé de 513 parlementaires, ainsi que par le Sénat avec 81 parlementaires. Pendant que les média monopolistiques et conservateurs s’inscrustaient dans la tête des gens pour rendre viable la campagne antipétiste et construire Lula comme le plus grand corrompu, et pendant que l’apparat juridico-politique condamnait la personne avait son jugement en l’exposant aux foudres de l’opinion publique, le Congrès avait pour tâche de formalisser la déposition. Avec cette mesure, on a maintenu la formalité de la loi, malgré le fait que les raisons pour la destitution de l’ex-présidente Dilma s’appuyèrent sur des actes administratifs du gouvernement fédéral déjà réalisés par d’anciens gouvernements comme Lula et Cardoso, sans que ceux-ci furent pour autant inquiétés. 

Comme grande partie de la population bradait déjà contre le PT et la corruption de la direction du PT et de Lula, le Congrès n’eut qu’à forcer la main pour obtenir la majorité pour obtenir l’impeachment. Ce fut l’oeuvre d’art des conservateurs et des réactionnaires. Surtout ne pas oublier les députés fondamentalistes, en particulier les députés évangéliques, dans la déposition de Dilma et leurs efforts pour un agenda conservateur, ce qui, dans plusieurs cas, renvoyait le Brésil au XXe siècle, au moins. 

Gouvernement Michel Temer

Le gouvernement Temer, depuis son intérim à la présidence et jusqu’au moment où il devint Président de la République, fut le grand nettoyeur de la classe dominante et internationale. Comme vu ci-dessus, même la déposition de l’ex-présidente Dilma fut l’oeuvre de ce renard de la classe dominante. 

L’objectif était de profiter du temps jusqu’à la fin du mandat (décembre de 2018) pour réaliser la sale oeuvre : démanteler le plus rapidement possible le fragile réseau de protection sociale conquis au long du temps pour mettre en place les ainsi nommées réformes sollicitées par la classe dominante sur la base du néolibéralisme. Une des premières mesures fut approuver au Congrès la loi des 20 ans : sans argent nouveau pour la santé, ni pour l’éducation, ni pour d’autres secteurs. Cette mesure affirme que l’augmentation (augmentation ?) possible se basera sur l’inflation de l’année précédente. Cette législation produit un impact directement sur les plus pauvres qui dépendent du service public. Ainsi, ces secteurs ne compteront pas au cours des vingt prochaines années sur les investissements de l’État pour augmenter et améliorer ces réseaux d’éducation et de santé. L’objectif principal de cette loi est de compter avec des ressources pour payer la dette publique brésilienne et éviter que les classes populaires aient des conditions de disputer des tranches du gouvernement au cours des prochaines années. 

Augmenter la sous-traitance pour les activités-fins des entreprises fut une autre loi approuvée. Avant, la législation permettait l’utiisation de la sous-traitance seulement pour les activités-du-milieu, comme dans le secteur des services. Avec cette loi, les entrepreneurs des entreprises qui embauchent peuvent signer des accords avec d’autres entreprises pour réaliser des tarifs avec des salaires plus bas autour de 25% par rapport à ceux directement signés par les entreprises-mère. 

D’autres mesures furent adoptées comme la flexibilisation de l’embauche des travailleurs ; le changement dans la législation du travail pour favoriser les entreprises dans les disputes judiciaires. La loi de la sécurité sociale –enfant aux yeux d’or des entrepreneurs – ne fut pas approuvé car la base du gouvernement Temmer s’est fendue. Les parlementaires, même les conservateurs, ont craint d’approuver une loi qui avait l’opposition des centrales syndicales et des autres mouvements de travailleurs car les élections d’octobre venaient à peine d’avoir lieu. 

Les erreurs de Lula et du PT dans la crise

Les causes de la crise qui poursuivit le gouvernement Dilma et le PT au cours des dernières années commencèrent sous le gouvernement Lula. Lorsqu’il prit ses fonctions, comme déjà vu ci-dessus, Lula assume la politique économique du gouvernement Cardoso basée sur l’austérité, sur la coupe des dépenses et sur la privatisation des entreprises de l’État, ce qui le rapproche davantage de la toile politique de laquelle il ne sort plus jusqu’à la fin de second mandat. 

Il privilégie la consommation mais ne s’occupe pas d’organiser politiquement la classe des travailleurs, ni les plus pavures. Il ne fait pas attention aux réformes structurantes dans le secteur public : éducation infantile, santé et sécurité. Les dirigeants politiques les plus importants sont engloutis par la machine de l’État avec des salaires élevés (par rapport à ce qu’ils gagnaient avant), et cela produit un manque de cadre dans les syndicats, les centrales syndicales et les associations populaires, tout en laissant tomber le travail de base. Il ne centre pas les efforts du gouvernement sur une réforme tributaire. En état, celle-ci privilégie la haute classe moyenne et les riches au détriment des classes moyennes et de la population en général. Il reste suspendu aux partis, même les partis physiologiques pour obtenir la majorité lors des agendas du gouvernement au Congrès. 

La désaccéleration économique porta préjudice à l’ex-présidente Dilma. Mais ce fait ne justifie pas les erreurs dans la conduite de la politique et de l’économie sous son gouvernement, questions vues ci-dessus. Ces situations fragilisèrent le gouvernement, et ouvrèrent espace pour l’impeachment et pour les grandes manifestations de juin 2013, ainsi que d’autres qui s’en sont suivies. 

Au long de la crise, la direction du PT n’a pas compris, ayant au premier poste son président Lula, le caractère politique des manifestations qui, partant de revendications pour l’amélioration de l’éducation, la santé, la sécurité a progressivement glissé, à mesure que le temps passait, vers la corruption et l’anti-PT comme des cibles de la tactique conservatrice menée par la manipulation des média et de la justice. L’origine sociale des manifestants changea. Au début, ce furent des étudiants et des secteurs économiques qui revendiquaient le libre accès aux transports urbains, en plus de l’agenda de plus de ressources pour l’éducation la santé publique, la sécurité, etc. Postérieurement, les classes moyennes, surtout la classe moyenne élevée, blanche et avec un haut pouvoir acquisitif, occupèrent les rues pour demander la destitution du gouvernement Dilma, la prison de Lula, et en s’exprimant contre la corruption et l’anti-PT, au-delà du fait de demander, sur un ton plus bas, le retour des militaires. 

Les secteurs démocratiques, mais surtout le PT comme étant le parti le plus important à gauche, sont restés accrochés au formalisme de la loi, et n’ont pas adopté des mesures pour sortir de la situation imposée par les conservateurs. Le PT n’a pas jeté tout son poids pour la réalisation de grandes grèves. Il tomba sans gloire à la fin de la dispute sur l’impeachment, et avec fracas pour ce qui est de la présidence de la république. 

La campagne électorale du capitaine Jair Bolsonaro

La campagne électorale se caractérisa, surtout au second tour, par une avalanche de fake news, via whatsapp, de la part de Jair Bolsonaro avec des attaques contre les Nordestins, les LGBT (Lesbiennes, Gays, Bissexuels, Travestis et Transgenders), et les femmes. Il affirmait qu’il allait en finir avec « cette chose du PT » [« petezada »] et avec les rouges. Pendant la campagne, à différentes occasions et dans différentes régions du pays, ceux qui soutenaient le candidat Fernando Haddad furent hostilisés, avec, y compris des agressions physiques comme l’assassinat de deux personnes comme nous le savons déjà. La discussion de la plateforme politique du candidat resta en second lieu pour céder la place aux attaques idéologiques, homophobes et racistes. 

Aussi bien les partis ainsi que les média tout comme le Tribunal Supérieur Électoral n’ont pas été à la hauteur du défi pour affronter le militaire. Ils ont réagi trop tard, presque à la veille des élections en ce qui concerne l’utilisation en masse des fake news. La Folha de São Paulo, journal libéral de la ville de São Paulo, publia un reportage selon lequel de grands entrepreneurs avaient financé la diffusion de milliers de fake news envoyés par des souteneurs du candidat. Après la victoire, le militaire affirma « ce journal va disparaître » :ce qui signifie qu’il ne recevra plus d’annonces au cours de son gouvernement. Ce journal a été taxé de communiste par des souteneurs du candidat vainqueur. Ce fut cette avalanche de fake news qui, je crois, ont déterminé le résultat final des élections.

Ce fut seulement au cours des derniers jours de la campagne que les 11 ministres du STF commencèrent à traiter des faits qui eurent lieu au cours de la campagne illégale et insidieuse du militaire. Ils sont soutenus le fait que les manifestations des étudiants et des professeurs à l’intérieur des institutions d’enseignement supérieur et des universités publiques étaient légitimes si elles ne caractérisaient la campagne d’aucun des deux candidats. Les ministres ont décidé que lutter contre le fascime et pour la démocratie ne caractérisait pas la campagne électorale. Des ministres ont rappelé que l’espace universitaire est un espace de discussion, démocratique, ouvert et libre. 

Cette décision du STF répondait aux réclamations de la société pour qui certains juges de première instance envoyaient des policiers pour retirer des affiches à l’intérieur des universités même si cela ne caractérisait aucune des deux campagnes électorales. Ces mesures ont démontré clairement la position politique de ces juges en vue de bénéficier le candidat Bolsonaro. 

La campagne électorale du professeur Fernando Haddad

La campagne de Haddad, membre du Parti des Travailleurs, a été mise à mal en raison du fait qu’il compta avec moins d’un moins avant le premier tour pour commencer sa campagne. Cette situation est le résultat de Lula et de la direction du PT qui décidèrent de transformer Lula en candidat à la Présidence de la République, même celui-ci étant en prison avec une condamnation de 12 années en seconde instance. Lorsque le STF confirma l’impossibilité de Lula sortir candidat, il ne restait pour Haddad qu’un mois d’élection. Malgré cela, au cours de la dernière semaine de campagne, il récupéra un nombre significatif de voix. 

Il est important de signaler que le candidat Ciro Gomes (centre-gauche) était dans une position meilleure pour vaincre Jair Bolsonaro au second tour. Toutes les enquêtes électorales affirmaient que le capitaine gagnerait. Dans la presse, l’information a circulé que Lula a proposé à Ciro Gomes que celui-ci devint son candidat. Il refusa. Il arriva en troisième position à la fin. Après les élections, certains partis de centre-gauche et de gauche ont vivement critiqué la tactique de Lula et de la direction du PT pour ne pas avoir proposé Ciro Gomes comme le candidat à la présidence puisqu’il représentait les secteurs plus démocratiques et progressistes. Probablement il en sortirait vainqueur. Les murmures pós-électoraux indiquent les difficcultés d’avoir un front unifié. 

Les résultats des élections

Jair Bolsonaro sortit victorieux des élections le 28 octobre 2018. Il sera le président du Brésil pour les prochaines quatre années. Il commence son mandat le premier janvier 2019. Il recut 57,8 millions de votes valables (55,13%). Fernando Haddad reçut 47 millions (44,87%). Les votes blancs et nuls ont totalisé 9,6%, et l’abstention, très grande, atteignit 21,2%. (Source : Filha de Folha, le 29 octobre 2018). Le total des électeurs enregistrés fut de 147,3 millions. Électeurs qui se sont abstenus : 31,3 millions. Le vainqueur a eu 39,3% des votes valables. En additionnant les votes de Haddad, les nuls et les blancs et les abstentionsm, nous atteignons 61%, ce qui configure une majorité, des germes pour une possible opposition au militaire. 

Quelle fut la distribution des votes ?

Le Brésil se divisa par rapport aux votes. Jair Bolsonaro obtint plus de voix au Sud et au Centre-Ouest, région la plus riche et blanche. Fernando Haddad obtint plus de voix dans la région la plus pauvre et avec une population majoritairement d’origine africaine et indigène. Le journaliste Kiko Llaneras, du El País, du 30 octobre 2018, amène un excellent reportage sur la division régionale des votes entre les deux candidats. 

(voir >htps.//conversaafiada.com.br/política/Brasil-de-bolsonaro-e-mais-rico-e-branco<Le texte est en portugais sur le site Conversaafiada. 

La Constitution de 1988 et la résistance démocratique pour les libertés

La Constitution de 1988 devint le seul bouclier pour défendre la démocratie et les libertés. Au cours des deux mandats de Fernando Henrique Cardoso comme président de la République, la Constitution a souffert sérieux changements sur plusieurs points. L’effort a été de la faire s’adapter à un capitalisme antipopulaire et soumis aux États-Unis et à l’étranger. D’importants secteurs de la droite brésilienne la considéraient (et la considèrent) trop avancée pour répondre à l’agenda néolibéral. Ils affirment : « Le Budget brésilien n’embrasse pas la Constitution. » L’affirmation cache basiquement la tentative d’éliminer les divers droits de la population qui figurent dans la Constitution, comme celles-ci figurent aussi dans des décisions prises précédemment. 

Les jours qui suivent l’élection, des secteurs démocratiques et populaires commencèrent des conversations pour rendre viable un front politique en défense de la démocratie e des libertés, ainsi que la défense des conquêtes sociales obtenues jusqu’aujourd’hui. Des professeurs et des étudiants des universités publiques et des institutios privées ont commencé les articulations pour rendre cette résistance viable. Des intellectuels se sont manifestés contre l’arbitre. Dans ce sens une importante maison d’édition brésilienne – Boitempo Editorial – devint l’un des centres de résistance en orientant des lectures sur la situation brésilienne, et en publiant des livres sur les thèmes les plus divers, aidant ainsi à faire avancer la lutte. 

Le Parti des Travailleurs (PT) le Parti Démocratique Brésilien (PDT), le Parti Socialiste Brésilien (PSB), le Parti Communiste du Brésil (PcdoB), et le Parti Socialisme et Liberté (PSOL) commencèrent à s’organiser. Des difficultés existent. Malgré le fait d’être d’accord sur la lutte démocratique et la défense des libertés, les divergences commencent avec la constitution du Front sur le terrain de la tactique et de la stratégie. En plus de cela, il y a une dispute entre le PT (Lula) et le PDT (Ciro Gomes) pour définir qui sera le leader politique de ce Front. 

Ce que pensent deux intellectuels sur le gouvernement de Jair Bolsonaro et le futur de l’agenda démocratique

André Singer, professeur à l’Universidade de São Paulo, spécialiste sur le thème des gouvernements du PT et articuliste du journal Folha de São Paulo, fait des considérations politiques sur le futur de la démocratie au Brésil. Dans sa colonne publiée le samedi 03 novembre 2018, il fait une analyse politique imporntante que je reproduis en partie ci-dessous. Il attire l’attention sur le fait que la presse affirme qu’il va respecter la Constitution. Question : « Pourquoi est-ce la victoire de Jair Bolsonaro, avec 58 millions de voix sur 47 millions pour Fernando Haddad me paraît annoncer un coup contre la liberté ? Pourquoi est-ce qu’un projet autoritaire atteignit le gouvernement avec le soutien populaire ? Et, du point de vue de l’hégémonie, la majorité dans les urnes donne un plus grand pouvoir que les chars de 1964 ? »

Malgré les déclarations des intellectuels, de la presse et la position du STF, André Singer affirme : « Il se passe que dans le jeu qui commencera le 1er janvier 2019, la forme promet de parler plus haut que la rhétorique. » Dans un autre extrait, il affirme : « Pour compléter, le capitaine réformé a rendu un superministère de la Justice à Sérgio Moro qui a eu le manque de jugement (excusez le jeu de mot) de l’accepter. » Et il poursuit : « Avec ce geste, Bolsonaro et Moro laissent voir de manière claire de quel côté était le Parti de la Justice, et ce qu’on doit attendre en matière de persécution politico-judiciaire d’ici peu. »

André Singer conclut : « Bolsonaro chauffe les avions pour bombader les lieux démocratiques. Après l’échec de l’ennemi, d’où vient l’énergie pour dresser une digue et arrêter la vague autoritaire ? Serons-nous capables de construire le front démocratique qui brilla par son absence au cours de l’élection ? »

Maud Chirio, historienne française, spécialiste dans la droite brésilienne, fut intervieuwée par le journaliste Lucas Neves à Paris. Le long entretien fut publié dans la Ilustríssima, cahier du dimanche du journal Folha de São Paulo, le 04 novembre 2018. Le titre en est : « Une fin pour la nouvelle République. » Le journaliste affirme dans le résumé de l’entretien qu’elle « rejette l’idée que Bolsonaro va modérer son discours en arrivant au Planalto, et se déclare sceptique en ce qui concerne l’équilibre entre les Pouvoirs au cours du gouvernement du Président élu. »

Maud Chirio affirme : « Les analystes ne croient pas que Bolsonaro puisse retourner à l’envers l’ensemble des valeurs morales de la Nouvelle République. Il y a un aveuglement historique. » Dans un autre extrait : « Pourmoi , le 03 janvier 2019 (…) le MST et le MTST seront déclarés des organisations terroristes. Au début de février, le PT sera interdit. Il y aura une descente musclée dans l’administration publique déjà en préparation. Il n’y a que ceux qui ne veulent pas voir, qui ne voient pas. »

Sur un autre point : « (…) ce qui est dans la Charte est contradictoire avec ce que le restant du discours préconise. Voyez bien, je veux qu’il respecte la Constitution. Mais il y a plusieurs facteurs qui amènent à penser que le projet de société et de pouvoir qu’il impulsione rejette la Constitution. « Nous ne devons pas faire confiance aux faibles mouvements qu’il donna pour que le régime continue. Il faut regarder en face les autres 90% de sa rhétorique, de ses réseaux de ses alliés, leur production intellectuelle. »

Pour conclure, je cite une phrase de l’histoirienne qui pointe vers une attention accrue, tout comme le fait une grande partie de la gauche et du centre-gauche, tout comme les intellectuels progressistes et les politiques de l’opposition brésilienne : « Je suis pessimiste, mais je crois dans les pouvoirs modérateurs. »

Comme tu vois, mon ami, malgré le retard, je t’envoie le text promis. Il est long, et je ne sais si c’est dû à li’mpossibilité de resumer une si grande question. J’espére qu’il réponde à ta curiosité. 

Brasilia le 05 novembre 2018

Luiz Basílio Rossi